Tinder / Happn, l’équation scientifique qui va vous rendre folle

Tinder / Happn, l’équation scientifique qui va vous rendre folle
On a tous des personnes autour de nous qui utilisent Tinder ou Happn. C'est facile, rapide, et chronophage.

Jai commencé à utiliser Tinder il y a trois ans, Happn il y a quelques mois, et bien que j’ai conscience de perdre mon temps, je persiste dans ma lancée.

Je n’y comprends rien.

J’ai réinstallé Tinder et Happn il y a deux mois. Je m’en lasse déjà mais je continue d’y aller tous les jours. J’ouvre les deux applis dès que j’ai un moment d’inaction. Chaque fois que j’attends quelqu’un ou quelque-chose. Parfois je pousse le vice jusqu’à marcher en faisant défiler les photos d’inconnus. Je ne regarde presque plus les mecs dans la rue. Je préfère observer leur représentation sur mon écran. Parfois, lorsque je relève la tête, j’aperçois les silhouettes d’inconnus, et je m’imagine que ce sont eux. Mais j’ai à peine le temps d’en appréhender les contours qu’elles se font déjà lointaines, plus fictives que leurs répliques virtuelles. Je n’arrête cette course au “swipe” qu’une fois arrivée à bout des six étages qui mènent à mon appartement parisien.

C’est franchement pathétique.

Ces applis incitent à une logique de consommation et non d’échange. L’extrême rapidité avec laquelle on noue des contacts rend banales les rencontres amoureuses et sexuelles. Partager les mêmes attentes, valeurs, hobbies ne suffit plus à retenir notre attention. Il suffit qu’on soit prise par autre chose, et on zappe. Tant qu’un mec n’est pas intégré à notre cercle réel, c’est comme si il n’existait pas vraiment. Tant et si bien qu’il suffit d’un détail qui nous dérange pour couper court et passer à autre chose.

Parce que je refuse les échanges superficiels, j’ai longtemps pensé que j’étais au dessus de ces considérations. Mais lorsque j’y regarde à deux fois, je suis presque pire. En excluant tout ce qui n’est pas pour moi de l’ordre d’un échange enrichissant, j’opère une sélection aussi drastique que ceux qui cherchent des aventures frivoles. J’en suis venue à transformer des conversations sincères, en quelque-chose de dérisoire, en un calcul cynique. Je suis une consommatrice d’échanges qualitatifs, toujours à l’affût de nouveauté.

Mon mode opératoire est fucked up.

Je sélectionne les mecs comme des fringues dans un vide dressing. Je choisis peu d’articles. J’en essaye la moitié. Je quitte la cabine en y abandonnant négligemment les trois quart. Je décroche mon téléphone en même temps que je fais le tri. A gauche : pas beau, trop court, trop long, trop bizarre… En me dirigeant vers la caisse, je me saisis de la maigre pile de droite, laissant le tas de gauche à son triste sort, exhibé dans cette allée sur éclairée et bondée. Je m’enfuis en jetant un dernier regard en arrière. Deux filles plus jolies que moi se jettent sur un pull que j’ai dénigré. Je tiens dans mes mains mes propres articles déjà portés par d’autres. Sans doute vais-je les revendre dans trois semaines. Je souris intérieurement. C’est drôle et triste à la fois.

Pourquoi alors continuer ?

L’aspect “zapping” peut nous amener à nous demander quel est l’intérêt réel de tout cela. Si je continue à utiliser ces applications, c’est avant tout pour me divertir. Ensuite, je trouve que ce n’est pas si bête d’apprendre à connaître une personne avant de tomber naïvement sous son charme. Je réduis rationnellement la probabilité d’une incompatibilité. Je ne rencontre “en vrai”  que des personnes qui partagent mes attentes. Si je passe autant de temps à faire le tri, c’est donc pour rentabiliser mon temps “réel”. La standardisation des profils sur Tinder permet de comparer plus facilement. Ainsi je préfère être fixée rapidement, au prix d’une désacralisation de la rencontre. Enfin, je fais le pari que 99% des échanges seront dérisoires, mais que le 1% restant vaudra tellement la peine que je ne regretterai pas le temps perdu sur ces applis. Mon équation a pour variables un postulat agnostique et un calcul rationnel. Après tout, l’échange désintéressé n’a jamais existé qu’en rêve. Au moins, avec Tinder et Happn, il est pleinement assumé.

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