« Moi, Tonya », grâce et disgrâce d’une patineuse artistique hors norme

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"Moi, Tonya", en salles mercredi, raconte les hauts et les bas de l'Américaine Tonya Harding, virtuose oubliée du patinage artistique, que le public a adoré détester pour son implication dans l'agression d'une de ses concurrentes dans les années 1990.

Tonya Harding, ex-championne olympique de patinage artistique interprétée par l’Australienne Margot Robbie, a été accusée en 1994 d’avoir planifié l’agression de sa compatriote Nancy Kerrigan, aux côtés de son ex-mari Jeff Gillooly et de son garde du corps Shawn Eckhart, pour l’empêcher de participer aux Jeux olympiques d’hiver de 1994, à Lillehammer en Norvège.

Ce fait divers occulte le fait que l’athlète a été la première patineuse artistique américaine à réussir la très technique figure du triple axel, avant de tomber dans l’oubli.

Tonya Harding le 7 janvier 2018 à Beverly Hills, Californie.
(credit photo GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP) Tonya Harding le 7 janvier 2018 à Beverly Hills, Californie.

Le film est inspiré d’entretiens « dénués d’ironie, violemment contradictoires et totalement sincères » avec Tonya Harding et Jeff Gillooly, renseigne le générique d’ouverture. Il a été réalisé par l’Australien Craig Gillespie, découvert en 2007 grâce au film « Une fiancée pas comme les autres ».

Les témoignages tragicomiques des personnages se succèdent, rythmant les moments clés de la vie de la patineuse.

Le titre fait quant à lui allusion à la prestation de serment de Tonya Harding lors du procès de l’affaire Nancy Kerrigan : « Moi, Tonya, je jure de dire la vérité… »

Partie de rien, l’athlète, née dans les mauvais quartiers de Portland, dans l’Oregon (nord-ouest des États-Unis), a dédié la première moitié de sa vie au patinage artistique.

Le sport se mue en échappatoire à la pauvreté et la maltraitance de sa mère alcoolique, LaVona.

Selon l’actrice Allison Janney, qui a remporté le Golden Globe du meilleur second rôle pour son interprétation de sa mère cruelle, « Moi, Tonya » raconte « une histoire de classe en Amérique, (celle) des exclus ».

Phrasé populaire, attitude virile et chorégraphies sur du hard rock: dans l’univers policé du patinage artistique, l’athlète dérange mais refuse de gommer ses singularités.

‘Quelqu’un à détester’

Hors des stades aussi, Tonya Harding lutte pour se faire respecter.

Souhaitant échapper à l’emprise de sa mère, la jeune femme tombe, à 19 ans, dans les bras de l’irascible Jeff Gillooly.

Tonya Harding au tribunal en 1995
(credit photo AFP/Archives) Tonya Harding au tribunal en 1995

Là, les violences domestiques marquent le corps de la patineuse virtuose – pommettes tuméfiées, nez en sang, impact de balle – et in fine sa prometteuse carrière.

Prouesse cinématographique, le film reproduit au geste près ses meilleurs coups de patins.

L’actrice Margot Robbie, également co-productrice du film, découverte en 2013 dans « Le Loup de Wall Street » de Martin Scorsese et à l’affiche de « Suicide Squad » en 2017, s’est entraînée à patiner pendant quatre mois. Son excellente performance lui vaut d’être nominée aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice face à des pointures comme Meryl Streep.

Le parcours de Tonya Harding rappelle à certains égards celui de l’ex-footballeur star O.J. Simpson, accusé du meurtre son ex-femme en 1995 et condamné plus tard pour vol à main armée.

Nominations pour l'Oscar de la meilleure actrice
(credit photo AFP) Nominations pour l’Oscar de la meilleure actrice

Les exploits des deux sportifs, l’extrême médiatisation de leurs procès et le douloureux désamour du public soulignent en filigrane les revers du sport-spectacle américain.

Le scénariste de « Moi, Tonya », Steven Rogers a justement puisé l’inspiration dans un documentaire sur la vie de la patineuse diffusé sur la chaîne sportive américaine ESPN, qui a aussi retracé la carrière d’O.J. Simpson.

« L’Amérique… Les gens veulent quelqu’un à aimer et quelqu’un à détester. Ils veulent la facilité », commente ainsi le personnage de Margot Robbie, regard rageur, visage éclaboussé de sang. Mais rien n’est facile. »

La vraie Tonya Harding, elle, aujourd’hui âgée de 47 ans, mène désormais une vie paisible dans l’Oregon et maintient le contact avec l’équipe du film depuis le début du projet.

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