Bernard Pivot a tiré sa révérence. C’est Cécile Pivot, la fille du célèbre homme de lettres, qui a annoncé le décès de son père, survenu à Neuilly-sur-Seine, ce lundi 6 mai 2024. Il était âgé de 89 ans. Celui qui a présidé l’Académie Goncourt de 2014 à 2019 était doté d’un CV impressionnant et a longtemps marqué la télévision française. En effet, pendant quinze ans, de 1975 à 1990, le journaliste a ravi les férus de littérature et de dictées avec l’émission Apostrophes, puis Bouillon de culture, qu’il a animée de 1991 à 2001.

Bernard Pivot laisse derrière lui deux filles, nées de son mariage avec Monique Dupuis, et dont il a quelque peu négligé l’éducation. Dans un long entretien accordé au Journal du dimanche l’an dernier, il avait reconnu avoir été un vrai bourreau de travail et un père absent : "Après le dîner, je n’étais pas de ces pères qui font la lecture à leurs enfants. J’avais hâte de rejoindre mon bureau pour achever la lecture du livre dont j’avais commencé la lecture l’après-midi", a-t-il avoué.

Et de regretter :

Que de musées non visités avec mes filles ! Que de week-ends non partagés ! Que de fous rires perdus ! J’en étais conscient, mais la réussite de mes émissions passait par cet investissement quotidien, permanent, dans la lecture.

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Bernard Pivot @ Maya Balanya

Un homme malade

Au cours de cette interview exclusive, Bernard Pivot avait également annoncé que son état de santé l’obligeait à se retirer de la vie publique. "Je suis resté silencieux parce que le mal m'a frappé à la tête, siège du cerveau et de la parole. Mieux vaut alors se taire en attendant que la mémoire se recharge et que la pensée refleurisse", avait-il révélé, se faisant philosophe. Et d’ajouter qu'il avait aussi décidé "d'arrêter la télévision pour devancer ce qui serait inexorablement arrivé : la lassitude du public".

Malgré tout, l’octogénaire n’avait rien perdu de son esprit taquin : "Le pépé Pivot, il fatigue et il commence à nous les briser…", lançait-il, non sans ironie. Toutefois, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il a dû se résoudre à mettre un terme à sa carrière :

A 84 ans, j'ai démissionné du Goncourt pour laisser ma place à un écrivain plus jeune. Enfin, à mon vif regret, j'ai abandonné ma chronique du JDD parce que j'étais malade, handicapé et que je ne pouvais plus écrire comme je l'ai fait pour vos lecteurs, pour nos lecteurs, si vous permettez, pendant plus d'un quart de siècle.

Lancé dans ses déclarations, Bernard Pivot s’était même confié sur sa mort et avait déjà une idée de la manière dont il souhaitait quitter ce monde :

Ex-journaliste, j'aimerais mourir chez moi, dans mon fauteuil, en lisant L'Équipe ou Le Journal du dimanche. Ou, mieux, dans mon lit, en relisant Montaigne ou Proust. Mais je ne lis jamais au lit.

Si le critique littéraire n’a jamais dévoilé la nature de sa maladie, Le Parisien a évoqué "des mois de lutte contre un cancer".

Un départ salué

Dès l’annonce de la triste nouvelle, les hommages se sont multipliés sur la Toile. Rachida Dati a salué la mémoire d’"un très grand ambassadeur du livre, un militant de la lecture pour tous" :

La disparition de cette grande figure culturelle est une perte pour le monde du livre et pour tous les Français.

A écrit la ministre de la Culture, sur son compte X.

Emmanuel Macron a également réagi, estimant que Bernard Pivot "restera ce passeur, populaire et exigeant, cher au cœur des Français" :

Apprendre à écrire avec ses dictées, à découvrir livres et auteurs avec Apostrophes, à vivre avec l’esprit français, de conversation, de curiosité, de gourmandise.

Si Bernard Pivot était un amoureux des lettres, il l’était également du ballon rond. Pourtant Lyonnais d’origine, il était un fervent supporter de l’AS Saint-Etienne, qui a rendu hommage à "cet homme de lettres, né de l’autre côté de la frontière ligérienne mais entraîné, comme bien d’autres, par la passion stéphanoise".

Suite à la disparition de Bernard Pivot, France Télévisions a bouleversé ses programmes. Ce mardi 7 mai 2024, en lieu et place de la fiction Disparition inquiétante, France 2 diffusera ce soir le documentaire Les vendredis d’Apostrophes, réalisé par Pierre Assouline et qui retrace les moments forts de l’émission.

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